Révolte.
La mascarade doit prendre fin.
C’est étrange comme le monde semble te vouloir du bien hein ?
Et c’est peut-être ça le plus vicieux dans l’histoire tu ne crois pas ?
Ces derniers temps j’ai juste l’impression d’être un demi-aliéné qui vient tout juste de sortir d’un asile de fous. Délire de psychopathe.
Plus je m’en éloigne, plus je distingue avec effroi le gigantesque rouleau compresseur auquel je viens tout juste d’échapper. Ça me fait froid dans le dos cette histoire…
Je cours de toutes mes forces car maintenant, il faut fuir.
On t’avait pourtant prévenu non : on ne déserte pas sans conséquences ! Il faut courir maintenant.
Pour aller où ? Mais je ne sais pas ! Le plus loin possible !
Le tout serait de rejoindre les autres. Les comme nous tu vois.
On en parlera plus tard. Mettons nous en route. Tu n’entends donc rien ?
Le vacarme gronde au loin. Le sol tremble. La horde se rapproche.
Prends garde sur ton chemin : ils nous pisteront et nous traqueront.
Attentifs à la moindre goutte de sang vermeil laissé sur le chemin, ils se lanceront à nos trousses.
Ils nous vendront les réponses prémâchées qu’ils n’auront pas été capables de chercher en eux… Quelle plaie !
Au fait, j’ai quelque chose pour toi. L’autre soir, lors de leur chasse, l’un deux a fait tomber ça. J’ai pensé que ça pourrait t’intéresser…
Traité de la horde - à lire et à relire sans modération
Affirme, avec un aplomb démesuré, ta compréhension du monde.
Étale, devant le plus d’yeux possible, ta confiance, ta science et ton génie.
Coupe, polie et corrige le moindre pixel que tu partages- mais attention quand même, faut que ça paraisse naturel.
La légitimité ? Ben voyons, ne t’inquiètes pas, de toute façon, personne ne va te demander des comptes - on a tous commencé comme ça.
Bon passons…
Tu vois l’insécurité ? C’est comme un diamant, c’est même ton diamant.
Je veux que tu la fendes, que tu la tailles, que tu la piques - fais la briller d’un éclat royal.
Repère les cicatrices passées et les points de suture : déchire, arrache, taillade, fais y un trou grossier.
Il faut gratter avec les ongles. Le tout, c’est de rouvrir la plaie, de la faire suinter.
Il s’agit de creuser un gouffre béant. Prends une lame s’il le faut…
Tu as les mains sales ?
N’oublie pas que tu fais ça seulement pour l’aider.
Ensuite, persuade-le que la certitude aliénante est préférable au doute poétique.
Habitue le à regarder en dehors de lui-même.
Rends le dépendant à la substance. Colle toi à sa rétine.
Ne lui laisse jamais le temps de s’échapper.
Immisce-toi dans ses pensées, fracasse les parois de son crâne, susurre lui à l’oreille, deviens le juge inquisiteur sur ses épaules : l’écorché doit finir dans les transes.
Si ça ne prend pas, recommence le procédé.
Enfin, d’un geste magnanime, propose la solution.
Celle qui changera tout.
L’antidote au poison, la panacée au venin, le remède à la névrose.
Il doit n’y en avoir qu’une. La tienne.
Trace-lui la route, pave-lui le chemin.
Et surtout, qu’il soit sûr de guérir. Promets lui monts et merveilles.
Si ça marche vraiment ? La horde le hurle, c’est du tout cuit.
Gave-toi généreusement, tu l’as mérité.
Cutter, Plaie, Pansement, Lame, Entaille, Bandage.
Et alors seulement, tu feras partie des nôtres.
PS : Tu fais ça pour son bien : la démarche est altruiste.
PPS : N’oublie pas de bien tenir ton masque - j’y vois quelques gouttes perlées en dessous.
C’est ce qu’ils distribuent aux volontaires. Ils doivent prêter serment quotidiennement sous peine d’être radiés.
Ce tract faut le garder p’tit gars. C’est notre salut !
Lorsque le monde saura, alors, je crois bien que tout sera terminé.
Mais… Pourquoi pleures-tu ? Ils t’ont pris ta jeunesse ? Ressaisis-toi bon Dieu ! Tu ne vois pas que nous nous sommes tous faits bernés ? Tu ne dois pas t’en vouloir gamin…
Allons, marquons une pause et prenons le temps de respirer un coup.
La horde n’est pas fictive. Elle est palpable.
La chasse aux insécurités a lieu en ce moment même, et partout en ce monde.
Des bataillons entiers d’experts autoproclamés se déversent chaque jour dans nos espaces numériques afin d’exploiter le minerai du trouble.
Tous, sont en quête de la proie idéale et tous, misent sur la douleur pour l’appâter dans leurs filets.
On est en pleine ruée vers la vulnérabilité.
Ces vautours carnassiers sont à la recherche de la moindre fragilité inexploitée qui pourrait leur permettre de prospérer.
Charognards. Vous n’avez aucune idée de ce que vous faites…
C’est au milieu de cet abject champ de bataille que j’ai fait la rencontre de Carl Rogers.
Pionnier de la thérapie humaniste existentielle, créateur de l’approche centrée sur la personne, il a exercé en tant que thérapeute durant plus de 30 longues années.
Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands psychothérapeutes de tous les temps.
Dans son ouvrage On becoming a person, il affirme clairement qu’exceptée la tentation égotique de briller en société et d’asseoir sa crédibilité, il n’y a absolument aucun intérêt (en vue d’aider son client) de diriger soi-même ses entretiens cliniques. Et donc d’apporter ses réponses.
Autrement dit, la direction est donnée par l’individu.
Au sujet d’une thérapie fructueuse avec une cliente, il déclare :
This incident was one of a number which helped me to experience the fact - only fully realized later - that it is the client who knows what hurts, what directions to go, what problems are crucial, what experiences have been deeply burried. It began to occur to me that unless I had the need to demonstrate my own cleverness and learning, I would do better to rely upon the client for the direction of movement in the process.
Un peu plus loin, Rogers poursuit par une pensée “Clé de voûte” qui devrait être à la base de tous nos rapports humains :
I trust it is clear now why there is no philosophy or belief or set of principles which I could encourage or persuade others to have or hold. I can only try to live by my interpretation of the current meaning of my experience, and try to give others the permission and freedom to develop their own inward freedom and thus their own meaningful interpretation of their own experience.
Belle leçon pour notre époque croassante.
En parcourant ces mots, j’ai constaté avec tristesse la fracture colossale qui s’étalait devant mes yeux :
d’un côté une horde vorace, rongée par la douleur de ses propres plaies suintantes, davantage obsédé par son ascension socio-économique étriquée que par son niveau de compétences inexistant frisant le néant absolu - conduisant leur client, avec une assurance certaine, à emprunter leur idéal de vie bancal.
de l’autre, une poignée éparse d’individus se concentrant davantage sur l’écoute active, l’acceptation et l’empathie sincère que sur leur conception subjective de la réalité - parfaitement conscient de leurs limites, de leurs biais et de leurs insécurités personnelles.
Je vous laisse deviner dans quel camp se situent les professionnels de la santé mentale.
Je crois que la vie rend humble.
Une âme emplie de certitudes et une âme qui n’a pas vécu.
Je ne suis pas certain qu’il soit sage de confier les rênes de son existence à un inconnu égocentrique dirigé par ses propres traumas.
La compétence se fait rare et l’heure est aux apparences.
On imite des aliénés qui imitent des fous à lier et on s’étonne d’être égaré.
J’ai de la peine à trouver les bons mots pour décrire à quel point mon âme est accablée.
À l’heure où la dépression, l’anxiété et l’isolement social gagnent du terrain, où le suicide séduit certains jeunes en désarroi et où l’incertitude nous remplit d’angoisses, on ne peut jouer avec la santé mentale des gens impunément.
Je ne puis le tolérer plus longtemps.
L’esprit de l’autre n’est pas un terrain de jeu et encore moins un jardin où planter ses idées décadentes dans le but de faire fructifier son compte bancaire.
Transmettez le message.
La guerre ne fait que commencer.
À toi qui m’as lu jusqu’ici, merci.
Si ces mots ont résonné en toi, je te conseille sincèrement de prendre 20 minutes pour regarder la vidéo de mon ami Sylvain ! Il y conte son cheminement personnel, le tout avec des plans à couper le souffle.
Par ailleurs, si tu penses que ce petit texte pourrait réchauffer le cœur d’un ami, n’hésite pas à cliquer sur le bouton partager en bas de la lettre (ça m’aide énormément).
D’autres textes arriveront bientôt, ici et ailleurs.
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On se retrouve la semaine prochaine pour une nouvelle lettre.
Tom.





Comme toujours un véritable plaisir.
J'aime beaucoup la forme que tu as prise pour amener ce message au combien important.
Le traité me fais beaucoup penser au manifeste/traité du Loup des Steppes de Hermann Hesse.
C'est ce qui m'a en parti poussé à renier cet univers. Je n'ai pas envie de devenir un de ces vendeurs de chimères qui ne cherche qu'à se gâver sur ces pauvres âmes.
Notre psyché collective va horriblement mal, et encore aller mal c'est un euphémisme.
Accroître sa lucidité sur le monde et construire de nouveaux modèles est nécessaire mais il faut aussi regarder le désastre qui se passe à l'intérieur pour concevoir un remède. C'est ce dans quoi je commence à plonger en ce moment.
Il est temps de répliquer.